Calico: Google, nouveau porte-drapeau du transhumanisme?

Vivre à San Francisco offre la possibilité de suivre le transhumanisme de plus près. Je m’y suis toujours vaguement intéressé, tout comme je me suis toujours montré très ouvert aux théories libertariennes. Ce mardi, dans la « Vie du web », j’ai abordé la question de la fondation de Calico. Elle a été portée à la connaissance du grand public par Larry Page, l’un des deux fondateurs de Google.

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Calico va mener des recherches sur l’allongement de la vie humaine, une démarche inscrite dans l’ADN du transhumanisme – mouvement intellectuel et culturel favorisant l’usage des sciences et de la technologie pour améliorer les conditions de vie de l’être humain face à la maladie, au handicap, mais aussi à la mort. Leur dessein ultime, c’est l’immortalité. Je vous recommande d’ailleurs les très nombreuses conférences données par le professeur Aubrey de Grey sur le sujet, notamment en mars dernier en Hongrie (vidéo Youtube ci-dessous). Ses recherches se concentrent sur l’âge, le vieillissement et la possibilité d’une immortalité.

On n’aurait certainement pas parlé d’ADN, de séquençage de génome humain il y a 25 ans. Aujourd’hui, il tient sur une carte mémoire de quelques gigas. Une foule de jeunes pousses ambitieuses de la Silicon Valley s’y intéressent de très près, ici, dans l’indifférence générale. C’est une erreur.

Pourquoi Google veut-il à son tour investir le créneau? Parce que c’est un défi immense. Et que Google aime les défis immenses. Ils l’ont déjà démontré avec leur moteur de recherche, Android, leur librairie et bien entendu Google Maps (Earth, Street View). Il est ainsi logique de retrouver Google aux premiers rangs de la lutte contre le vieillissement et les maladies. Dans sa présentation officielle, Larry Page parle de la perte de l’agilité mentale, des maladies mortelles. De tout ce qui au fond détricote peu à peu la « machine humaine. »

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Larry Page est-lui même malade, atteint d’une pathologie qui petit à petit paralyse ses cordes vocales. Ici, en Silicon Valley, flotte encore le trauma du décès de Steve Jobs, l’ancien patron d’Apple. Le pensait-on… immortel?  

Jusqu’où tout cela peut aller?

On ne le sait pas. Les objectifs de Calico ne sont pas très clairs. Le Time titrait le 18 septembre dernier « Google peut-il en finir avec la mort? » La médecine devient une science de l’information ; Google a montré sa capacité à enregistrer, récolter, analyser des quantités de données. Le big data et la science se parlent enfin.

Peut-être que la mort est un bug, au fond. A l’heure où le gouvernement fédéral américain peine à trouver un accord sur le budget, Google n’a pas encore acquis le statut d’oeuvre de bienfaisance. Ce n’est pas (encore?) un gouvernement, une organisation internationale, une association. Non, c’est une multinationale. Indexer le génome humain de la planète entière est certainement une prouesse technologique à sa portée. Est-elle souhaitable? On conseillera l’ouvrage « Google Démocratie » à ce sujet. Ou la série canadienne Continuum. Elle décrit 2077, où les « corporations » ont pris le pouvoir et modifié la machine humaine à l’aide de la technologie.

Si changer le monde revient à se prendre pour Dieu, alors, c’est une preuve supplémentaire que Dieu nous a fait(s) à son image.

Aubrey de Grey

2 commentaires

  1. Bonjour Monsieur,

    Je vous ai écouté ce matin à la 1ère radio de la Rtbf à propos de google et du transhumanisme, et j’ai perçu que votre fascination (pour ne pas dire « de l’admiration ») était bien plus grande que la crainte suscitée… d’où ma curiosité (déjà attisée par d’autres de vos interventions, il est vrai).

    Vous êtes-vous seulement posé la question de savoir quelles sont les conséquences d’une diffusion à l’échelle mondiale de technologies « nouvelles (en fait de + en + rapidement dépassées) », avec un rythme de remplacement ahurissant ?

    Voici ma suggestion : une accélération de la dilapidation des ressources qui, amplifiée par une démographie galopante, sera source d’une survenue hautement vraisemblable d’une mondialisation des conflits dont les conséquences atteindront un niveau sans précédent, comme le suggère d’ailleurs une étude récente de la Nasa (http://www.univers-nature.com/actualite/selon-la-nasa-notre-civilisation-pourrait-ne-pas-voir-la-fin-du-siecle-65742.html) que je n’ai toutefois pas attendue pour en avoir l’intuition ; dilapidation qui s’accompagne, en plus du réchauffement climatique et de ses effets dramatiques très médiatisés quoique réels, des innombrables pollutions gravissimes auxquelles nous sommes exposés (perturbateurs endocriniens,…, métaux lourds ‘dont l’Al utilisé à toutes les sauces et extrait d’1 bauxite ultrapolluante, p.ex.’ et bien sûr pollutions de l’air : PM, NOx et ozone), bcp plus pernicieuses et lancinantes et dont les médias parlent dès lors moins volontiers.
    Alors quand je vous entends dire :
    – Google « une entreprise philanthropique, qui veut le meilleur pour l’humain et faire le bien », je me demande s’il s’agit de naïveté de votre part, d’aveuglement, de déni, de bêtise ou d’inculture ;
    – « Mais où est l’Europe ? », manifestement très déçu à propos de leur ‘faible’ avancée dans le domaine des nanotechnologies (alors que nous sommes en réalité déjà bien trop loin dans leur introduction dans nombre de produits de consommation… sans la moindre consultation populaire : déjà entendu parler de leurs nocivités variées liées aux propriétés quantiques de la matière à l’échelle nanométrique ?) ;
    – que vous êtes déçu des lunettes google, mais attendez avec impatience la version lentille ou mieux « l’œil bionique » capable de zoomer (ou encore des ‘nanorobots réparant le corps’)… Tellement infantile : je dois bien constater qu’à aucun moment vous ne vous êtes posé la question de savoir si la technologie, en augmentant l’efficacité d’une fonction recherchée par ses concepteurs, rend les gens plus heureux et confère un mieux-être à l’échelle collective… compte tenu de tous les effets collatéraux évoqués.

    Ne vous méprenez pas : je ne suis aucunement anti-technologie pour autant, mais en suivant tout mon raisonnement, il s’avère que seule une utilisation extrêmement parcimonieuse des technologies à l’échelle mondiale, et en particulier au niveau du citoyen lambda, permettrait d’envisager un avenir un tant soit peu vivable avec 7 milliards d’individus et bientôt plus sur Terre : banaliser les technologies à cette échelle serait suicidaire (à moins de supposer une sagesse infinie à l’échelle d’une majorité d’individus, ce qui n’est pas du tout réaliste).
    Par contre, utiliser les technologies de pointe (p.ex. vos lunettes google ou des yeux capables de zoomer) lors de missions particulières d’exploration spatiale : là, c’est pertinent… mais pas pour Mr et Mme Tout-le-monde.

    Enfin, quelle tristesse infinie que ce délire transhumaniste, qui ne témoigne que d’une seule chose : l’incapacité de ses adeptes à faire face à leur finitude, les plongeant dans une angoisse existentielle (qu’ils attisent auprès des petites gens, pour leur vendre la promesse d’immortalité)… éminemment destructrice.
    Car leur croyance ne serait en effet pas si grave – c’est là tout le paradoxe – si cette angoisse même ne les conduisait pas à être technologiquement prêts à tout pour atteindre leur objectif : polluer gravement, exclure les ‘faibles’ ou les éliminer. Bref : détruire et finalement tuer ; très exactement l’inverse de leur promesse !

    Nous sommes arrivés à une situation où « l’humain est ‘arraisonné’ par la technologie et finalement asservi à un monde qu’il a pourtant voulu domestiquer », comme l’avait très bien anticipé Heidegger dans une critique de la raison triomphante chère à Descartes.

    Que vous ne puissiez appréhender le fait que le mode actuel de développement économique, lié au consumérisme de masse (dans lequel s’inscrit bien évidemment la diffusion des technologies), est éminemment prédateur et destructeur et que votre chère idéologie du libertarianisme ne concourt qu’à amplifier cet effet, me sidère.

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