L’affligeante banalité d’une famille de pasteurs en proie aux sempiternels démons du reste de la société. « Au nom du Père », signé Adam Price (Borgen), relève pour moi du génie pur.

Carl Gustav Jung disait que les maux qu’on tait vous poursuivent en songe, parfois sous forme de destin. On trouvait à l’entrée de sa maison cette inscription : « Vocatus atque non vocatus, Deus aderit. »(Invoqué ou non, Dieu est omniprésent)

Je viens de terminer la première saison (dévastatrice) de la série « Au nom du Père » sur ARTE. Une formidable réflexion sur la famille, la filiation, la foi, sur la vie.

Rien ne lui donnait pourtant, a priori, des aspects particulièrement divertissants : une famille, à la longue tradition de pasteurs luthériens, se déchire dans le Danemark contemporain.

Quelques « spoilers » se nichent dans les lignes qui suivent, vous voilà prévenus.

L’esprit de famille

Le nom du Père est (Johannes) Krogh, incarné par Lars Mikkelsen (le fabuleux Viktor Petrov de « House of Cards »). Dans une lutte (bassement, ridiculement) politique pour le pouvoir religieux, il perd l’élection ; sa rivale devient évêque.

Le moi, le je : Johannes, aussi captivant qu’ambivalent, incarne à la fois la figure charismatique du guide religieux et celle moins rutilante des péchés humains qui innodent ses propres sermons : l’envie, la jalousie, la trahison, le mensonge, l’adultère.

Ses deux fils semblent sortis du mythe d’Abel et Caïn : August, pasteur à son tour et Christian, le déserteur. Au centre, une femme, La femme, Elisateth.

August est envoyé au Moyen-Orient et devient aumônier d’une troupe militaire danoise, où il tue, malgré lui. Il entre alors dans une spirale infernale d’hallucinations. La frontière est ténue : pathologie ou visions ? La série se garde bien de tout jugement pour laisser place à la réflexion (médecine occidentale contre médecine divine).

 Christian accompagne son meilleur ami au Népal, un voyage écourté par une trahison. Il se retrouve, après une chute, dans un monastère bouddhiste, où il est confronté à la première grande remise en question de sa vie d’adulte, à 30 ans (allusion à Eckart Tolle?). Par la pratique de la respiration et de la méditation, il devient un autre homme… de foi. Un conférencier, un sage, bientôt un écrivain.

Elisabeth, lasse d’accompagner un mari volage et alcoolique, tombe amoureuse d’une fille de passage, qu’elle héberge, d’abord, par charité. Peut-on changer de vie sur un avis de passage ?

Autour de cette famille d’un schéma ancien, le monde moderne : le dialogue entre les grandes religions monothéistes, la figure des réfugiés de Syrie, le terrorisme, l’homosexualité féminine, la guerre, le genre, le père, le fils et, surtout, un respect fabuleux à la fois pour l’humain et pour le sacré

En attendant la saison 2

10 épisodes d’une heure qu’on fait défiler, car il n’y a jamais de hasard, au moment où on a le plus besoin d’être secoué. Fortement secoué.

Une mise en scène minimaliste. En tension permanente. Magistrale.

La seconde saison semble déjà faire l’unanimité au Danemark sur la chaîne DK1. Elle devrait être programmée plus tard en 2019 chez nous. Préférez la version originale, sous-titrée en français, pour mieux capter la tension permanente et l’émotion qui en déborde. La saison 1 est désormais disponible en DVD et Blu Ray sur la boutique en ligne d’ARTE. La chaîne l’a également mise en ligne sur Youtube.

Jamais depuis « Six Feet Under » une série ne m’avait autant empoigné, passionné, déconcerté, ému aussi. « Au nom du Père » (Herrens Veje) raconte le grand spectacle de la vie avec humilité, douleur et intensité. Une grande fierté européenne. La surprise de l’année.

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