Confirmer la suppression d’un compte Facebook ne relève pas de l’anecdote ou de la simple provocation. C’est (à la fois un jeu et) un acte de résistance contre le bruit.

La question du carnet de notes (disons « blog ») fin 2018, à l’heure où la conversation s’est manifestement déplacée dans l’arène des réseaux sociaux. Dont acte. Résignation? Pas forcément.

Ces derniers mois, cette interrogation s’est posée de manière de plus en plus insistante dans mon quotidien, mes relations à autrui, mes relations professionnelles : participer ou non, disparaître, la justification, la maîtrise, les fuites de données, le temps court, le temps long. 

J’ai donc entrepris une indispensable réflexion, nourrie de lectures et de documentaires – par exemple cet article posté en ligne sur un site suisse et intitulé Switching over to a balanced relationship with technology -.  Et la décision a été prise un dimanche : rideau.

Se regarder faire semblant

Le constat relevait de l’absurde. Une batterie de téléphone sans cesse à bout de souffle. Des notifications de plus en plus pénibles à masquer. La recherche frénétique du réseau 4G ou du Wi-Fi, l’angoisse des zones blanches. Un sommeil perturbé. Un réflexe consistant à vérifier ce qui se dit, se fait, sans le moindre recul, parfois sans intérêt. Une montre au poignet pour vérifier le nombre de longueurs accomplies dans le bassin de natation. Et cette manie de partager des bouts de vie sur Facebook et Instagram, pour les effacer quelques semaines plus tard.  

Un thérapeute que je fréquente depuis plusieurs mois a apporté sa propre intention de prière, en me parlant il y a quelques jours de la relation infantile – propos rapportés – qui se joue désormais entre les êtres humains – tu veux bien devenir mon ami? -. 

J’ai donc décidé de plonger dans le vide. Ni Instagram public, ni Facebook privé. Avant le reste, c’est une question de logique, de temps.

L’Europe a rendu la transition plus douce – merci ! -: le RGPD m’a en effet permis de récupérer près de 7 années de photographies postées sur Instagram.

Voilà donc un suicide social programmé. Au moment où mon 2e roman est prêt à être publié. On ne pouvait pas trouver pire moment.

La vie, le vide

Il me souvient cette phrase de Pascal Sevran qui disait avec justesse et profondeur « Être moderne, c’est céder aux circonstances » : elle guidera forcément la suite de cette exploration en eaux troubles d’un monde sans défilé de vies publiques et de vies privées. 

Dans mon bouquet de métiers, il est désormais convenu qu’il faut apprendre à maîtriser tous les écrans, à les embrasser. Est-ce une tendance (folie?) durable ou passagère?

Je n’ai pas l’âme d’un syndicaliste, d’un combattant et je ne suis certainement pas un idéaliste. Je voudrais simplement être un peu plus libre. Et retrouver une forme de temps long. C’est un acte volontaire, résistant, une forme de jeu (de pari) également.

C’est aussi l’occasion, disais-je, de retrouver le fil des mots. D’écrire de temps en temps, pour des gens qui prendront le temps. Peu importe leur nombre. Qui arriveront ici par hasard. 

Ce moment où les comptes sont supprimés: une bouffée de soulagement, suivie d’une angoisse infernale.

Respirer. Oui, apprendre à respirer.

Person
Ce jour où j'ai disparu
Ce jour où j'ai disparu
US
Categories: Blog

1 Comment

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

%d blogueurs aiment cette page :