Une nonne disparaît à 26 ans en 1969 : affaire classée pour la justice, mais pas forcément pour ses proches et ses anciennes élèves, près de 50 ans plus tard. Plongée en eaux troubles dans les violences pédophiles et les silences complices devant la série « The Keepers ».

Il y aurait beaucoup à dire sur le moule dans lequel de trop nombreuses séries diffusées par Netflix sont coulées. N’empêche, il reste possible d’y puiser des éléments d’une qualité indiscutable, dont « The Keepers », un documentaire en 7 épisodes de Ryan White.

J’en ai regardé le premier épisode, attiré à la fois par le visage bienveillant d’une nonne et par le lieu.  L’action se déroule à Baltimore, dans l’État du Maryland (à quelques kilomètres de la ville où j’ai passé un semestre au début des années 90).

Sans grande conviction d’abord, puis littéralement dévoré par l’intrigue, écœuré par la narration, j’ai regardé « The Keepers » sans avoir lu les coupures de presse (élogieuses) parues à sa sortie en 2017. Ma découverte en a été plus stupéfiante encore.

L’histoire est celle d’une religieuse, Cathy Cesnik, qui enseigne la langue anglaise au Lycée Seton Keough de Baltimore.

Partie au volant de sa voiture acheter un cadeau pour sa sœur – sur le point de se fiancer -, la religieuse disparaît le 7 novembre 1969. Elle sera retrouvée deux mois plus tard, dans un bois à proximité d’une décharge d’ordures, le corps en décomposition avancée.

Une autre jeune femme, Joyce Male­cki, disparaît elle aussi 5 jours après Cathy, dans des circonstances similaires.

« Père, pourquoi m’as-tu abandonné? »

Le nœud de l’histoire ? Des témoignages de maltraitance et de pédophilie commis sur des jeunes filles de l’établissement et attribués à Joseph Maskell, un prête catholique.  Un jour, une élève se confie à Soeur Cathy Sesnik. Ensuite ? Ce qui arrive à ceux qui parlent trop ou parlent mal. La réduction au silence. Sesnik disparaît à 26 ans.

Quarante années plus tard, deux anciennes élèves enquêtent sur la mort mystérieuse de la religieuse, dont elles n’ont jamais pu se remettre. Une enquête qui débouche sur une nébuleuse de soupçons, de faits voisins, de complicités policières et ecclésiastiques.

« And so, we find ourselves, what, 47 years after the murder? The case is unsolved we all go on day after day, and the boil continues to swell, and the people who were injured most deeply continue to struggle and suffer. And the public continues to ask, « What happened? » But these clues to what it was linger on in a place like this attic. Those objects hold that energy and they twist you and turn you in the wind, and you start asking, you know, « What was–? What is the past? What was it? »

En 1995, Teresa Lancaster et Jean Wehner déposent une plainte contre l’école, rejetée pour… prescription. D’autres tentatives échoueront, jusqu’aux plus hautes juridictions de l’État du Maryland.

Depuis 1969 pourtant, des centaines de témoignages (de jeunes filles, mais également de jeunes garçons) semblent concorder autour de la culpabilité du prêtre et des ses complices.

Un meurtre non élucidé, mais une affaire rouverte par la Police de Baltimore à la lumière de nouvelles révélations, apportées par les anciennes élèves et par les réalisateurs de ce documentaire.

La pression. La lâcheté. La démission des autorités. Le silence coupable. Ou complice. 7 heures de témoignages et d’enquête, à couper le souffle.

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