J’ai écrit un roman il y a très longtemps, en 2005, « Les Pluies ne durent jamais en Écosse. »  Il fut publié en 2016.

Son éditeur (Les Éditions Romaines) a disparu en 2013 dans des circonstances romanesques. J’ai donc récupéré mes droits (jamais perçus) et décidé de rendre le roman disponible aux formats e-book et broché via Amazon.  La version disponible sur Amazon est une édition révisée datant de décembre 2017. Vous pouvez consulter ma page d’auteur sur Amazon France pour l’obtenir et/ou l’acquérir.

« On voudrait oublier que le retour est inévitable.   La guérison ne viendra pas.   Je suis incurable.  Je reprendrai la route bientôt.  A vos côtés, je suis serein.   Je n’ai plus peur, je n’ai plus d’heure.  Quelque chose se passe, quelque chose s’efface.  Je fais face. »

Quelques avis

« C’est un roman soigné, d’un côté, désordonné de l’autre, comme le sont les pensées, les désirs, la vie. Il y a l’amour des mots, dont l’auteur joue, un peu, beaucoup, à la folie. Il en fait ce qu’il veut, pour aller au plus près de ce qui doit être dit, sans doute. Il les taquine, attente à leur pudeur, les entreprend, bouleverse l’ordre, advienne que pourra, qui lira verra. » – Asteline.

« Cédric allie une plume impeccable à un sens aigu du réel, j’ai beaucoup aimé cette alternance entre propos abstraits et considérations pragmatiques. Son style, riche et souple, donne une bonne fluidité au récit même si certaines maladresses viennent un peu le grever de temps en temps. Un très beau premier roman. » – Matoo

Les premières pages du roman

4h55.  Etre là, incohérent, exténué, dans le brouillard de Bruxelles, au fond de la nuit noire.  Tout regarder pour oublier chaque détail la seconde d’après : les fenêtres, les panneaux lumineux, quelques passants, un bus vide, une poignée d’appartements éclairés, des indications d

ans les deux langues nationales, un accident, une sirène.

Le compteur tourne, affiche six euros, puis huit, puis onze, puis quatorze.  Le chauffeur ne parle pas.  Il me demande l’autorisation de fum

er une cigarette.  Sans doute la fin de son service.

La nuit a été courte, bien trop courte.  C’est le téléphone qui m’a éveillé.  Une erreur d’aiguillage, une voix allemande, un accent russe,  un cauchemar sans doute.

Dernier réflexe : déposer mon testament sous la porte de l’étude de Maître Lefranc.

– J’arrive, Monsieur.  Pas de panique.  J’en ai pour trente secondes à peine.

Qu’on brûle mes écrits avortés, mes correspondances.  Que ma seconde moitié hérite de tout, surtout d’une paix royale.

Qu’on vienne fleurir ma tombe, de temps en temps.  Qu’on verse mes droits d’auteur à la protection des animaux.  Surtout pas aux hommes !  Non, surtout pas.

Le conducteur est passé au tarif « 2 ».    Retour à la case départ, direction l’aéroport.

Contre la vitre du véhicule, d’un modèle dépassé, j’ai soupiré, articulé un message sibyllin en agitant les lèvres, sans dire un mot, monologue de sourd confus, un appel au secours onirique, quelque chose de vague : j’ai dû parler aux étoiles.

Des images ont surgi.  J’étais au fond de moi-même et je pleurais comme un enfant.  J’étais bien, détachant la ceinture, caressant du souvenir la vigne de mes premiers étés, respirant le parfum de la terre.  Je me suis étendu dans l’herbe quelques instants.  J’ai marché, observé le vieux cimetière.  Lentement, place de l’Eglise.  Lentement, car plus rien ne presse. 

Je n’ai pas retrouvé le préambule, pas même la première page, qui a sans doute disparu, dans ce village de campagne, perdu entre fleuve et frontière néerlandaise, à l’est de la Belgique.

Et qu’y ai-je trouvé ? Des ruines.  Des âmes inconnues.  Il ne reste plus qu’une seule ferme.  L’église a perdu de sa superbe.  Quelques pierres ne seront jamais remplacées.

J’ai marché dans les allées du cimetière, lu des noms qui me furent familiers.  Dans la maison de mon enfance, des objets m’ont appartenu.  Ils ont vieilli.   Et moi ?

La ruelle que je surnommais « chemin de l’école », jadis garnie de prés à perte de vue, est devenue un quartier résidentiel.

Je me suis senti un étranger.  Je me suis fourvoyé.  J’ai tiré un trait.

J’ai cru, souvent, que tout aurait pu commencer là où je suis né, où j’ai reçu un nom de baptême.  Aujourd’hui, il m’arrive de penser que nous venons de plus loin que nous-mêmes.

J’ai grandi dans ce village au milieu duquel l’église rythme encore les heures de la journée qui se suivent, monotones, inutiles, comme dans ce tableau de Dali, vous savez, « La Persistance de la Mémoire ».

J’ai grandi dans ce village, qui ressemble à toutes les campagnes de l’ouest de l’Europe, où un petit homme obèse, enfermé dans un atelier protégé le reste du temps, distribue les “avis de décès”.  A qui l’on offre un café, une boisson pétillante ou des gaufres, avec la même pitié, qui est pure et sans arrière-pensée.  De cela, je n’aime pas que l’on se moque.

J’ai grandi dans cette commune, où l’épicier connaît ma date de naissance, les amants de ma mère, la pluie qui grondera demain.

J’ai marché dans les sentiers de ce village, roulé à bicyclette, parfois pleuré seul contre un arbre centenaire.  Le guidon planté quelque part, là par exemple, au milieu des pissenlits, protégé par une forteresse d’orties sauvages.  J’y ai même embrassé des garçons, satisfait leur libido, avalé leur chlorophylle sous le regard indifférent des animaux de la campagne, qui en ont vu d’autres, avant nous.

J’y ai connu des amours clandestines : certaines m’ont étourdi, à jamais.  Il est des sous-bois où je me rends encore en songe, où des garçons m’ont dit « je t’aime », m’ont même parlé au féminin.  Qu’importe le rôle, pourvu que ce moment d’égarement ou d’accomplissement fût.

Ils sont sans doute mariés à présent, pères et fiers.  M’ont-ils oublié ? Suis-je survenu, à l’orée de leurs rêves ?  Ceux-là que j’ai croisés, frôlés, convoités, aimés, honnis.

Et cette sacristie, où j’ai communié au calice des polissons de mon âge, sous le regard amusé d’un Jésus de bronze qui, deux mille ans plus tard, si blasé qu’il est par la chose, n’a plus même l’oeil lubrique, nu sur son crucifix qu’on a posé là, en 1923, c’est écrit.

Et si tout cela s’était su au café de commerce, lequel fait office de quartier général pour la rumeur ?

J’ai grandi dans ce village où un bus attend les jeunes ambitieux qui montent à la ville et filent y acquérir leurs lettres.  J’ai grandi là-bas et j’en suis fier.

Souvent, il m’arrive de penser que mon univers eût pu s’arrêter ici, dans ce clos de mon enfance.   Et si j’avais été le médecin de ce village, m’aurait-il guéri ?

J’ai grandi là où, deux fois par année, une kermesse rassemble les enfants du village, caste à laquelle je n’appartenais pas, différent que j’étais, n’inspirant qu’indifférence, suspicion et méfiance.

J’ai grandi et j’ai eu douze ans, lorsque ma bobonne a quitté la planète Terre.  J’ai chanté.  L’église était bondée : une femme douce et bonne, visage pâle, qui sentait bon, comme les pains de mon village, au lever du jour, lorsque la cloche sonne.   Ses yeux étaient bleus. Elle est tombée comme ça, un matin.   Je me souviens.    Le cercueil.   La messe.  Le curé du village.  L’eau bénite.  L’encens.  Bobonne était immobile, dans son petit cercueil d’ébène.   Je chantais et je pleurais.  J’étais heureux.

*

*  *

N’avez-vous jamais été foudroyé par ce besoin pressant de prendre la fuite, sans raison apparente, vers d’autres lieux, d’autres visages ou d’autres couches ?

Et pour aller où, pour échapper à qui ? Quelles entités, quelles retrouvailles passons-nous notre temps à espérer, à fuir, à séduire, à redouter ?

S’il me faut aujourd’hui confesser ma perte et mon errance, c’est que, fatigué, au terme de mes voyages immobiles, je n’ai pas entendu la prophétie prodiguée sur la pellicule jaunie de quelques grands rêves refoulés.

Il est un long et pressant silence auquel j’aspire à présent et que j’ai toujours tu.

*

*  *

Tout s’est passé si vite.  Je n’avais pas de montre au poignet.  C’est vous qui m’avez renseigné.  Combien de temps notre entrevue a-t-elle duré ? Quarante-cinq minutes exactement, le temps d’une séance, d’un passage sur le divan.  D’une confession.  D’un coït.  D’un rendez-vous professionnel.

Vous, assis, dans un coin, le nez dans le Figaro du matin, un nez en trompette, un nez de comique.   Moi, rédigeant un message électronique.  Une hôtesse.  Quelques hommes bien habillés.  Une dame âgée, son mari, ses petits enfants.

– Vous étiez moins timide à la télé !

– Nous nous connaissons ?

– Enchanté, Monsieur Ferenzi.

– Un lecteur, sans doute ! Et bien je suis ravi de rencontrer un lecteur.  Quel est votre nom ?

– Tout cela n’a aucune importance à vrai dire.

– Vous avez raison.  Vous savez tout de moi et moi je ne saurai rien de vous : c’est la règle du jeu.

– L’avantage des business lounges, c’est qu’on y rencontre des hommes d’affaires, souvent pressés, des écrivains, des gens célèbres.  Je vous connais, forcément.  Et vous me direz que c’est bien normal, puisque vous passez à la télé.  Je vous apprécie, c’est banal.  Mais sachez que si je vous apprécie, c’est parce que vous lire m’a ouvert les yeux, lorsque moi aussi j’étais pressé, lorsque moi aussi j’ai oublié que j’avais une famille, qu’elle m’attendait, qu’elle finirait par être lassée de m’attendre.  J’étais quelqu’un d’autre avant d’épouser le premier chapitre de votre dernier roman.  Quel était son titre déjà ?

Les manuscrits vivent sans nous, mille et une vies parfois.

– Je suis donc arrivé à temps ?

Votre regard, soudain obscur, répondrait à votre place. Vous aviez douze ans à ce moment précis.   Flagrant délice,  c’est cette image qu’il me restera de vous à jamais.

– J’ai oublié le titre de votre roman.  Pas votre visage.  Je vous ai vu dans « Vautour des livres » jeudi soir.  La phrase que je retiens de ce show, où vous n’avez pris la parole qu’une fois ou deux (vous trembliez), c’est : « J’écris pour m’oublier, pour que personne ne m’oublie. »

– C’est sans doute la seule phrase originale prononcée en trente minutes d’émission.  Les caméras me rendent mutique.

Sur le plateau, un élève de la Star Academy raconte son épopée dans un recueil sobrement intitulé « Quai du bonheur ».   Le modérateur du débat obéit au cahier de charges de sa chaîne.

– Je suis arrivé trop tard.  J’en suis navré.

– Ne le soyez pas : ma vie a tellement changé depuis quelques mois.  Vous m’avez aidé, sans le savoir, en écrivant pour moi.  Bientôt, je ne serai plus l’otage de ces avions.

Et moi, suis-je l’otage de mes fuites ?

–  Parlons de vous, de votre roman…

–  Lequel ? « Le vieil homme et la Mer » ?

–  Non,  votre dernier roman.

–  « Luxure Palace » !

Ce titre m’a échappé, quelques secondes au-moins.  Il me souvient avoir hésité entre des prénoms désuets et une poignée d’expressions salaces, avant de confier ce titre à l’éditeur, lequel trouvait No tabou trop plat et L’effeuilleur trop peu « fashion ».

–  Quel critère justifie le choix d’un titre de roman ? Cette question m’a toujours taraudé !

– Le titre vient parfois avant le texte.

– Je n’ai jamais su écrire.  J’admire cette capacité.

Dans vos yeux, il y avait un naufrage.  Le vôtre, le mien ?

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