La misère est moins pénible sous le soleil de Floride et de Californie. De nombreux Européens l’ont compris et font chaque année le choix de s’y expatrier pour devenir entrepreneur. Ah, le rêve américain ! Pour passer du rêve à la réalité, une solide préparation s’impose. Les places sont chères et les vautours n’attendent que vous.

1. Ne sous-estimez aucune étape

La préparation d’un dossier de visa E2 (investisseur) nécessite de suivre une série d’étapes :

  • La définition du projet (création, rachat, franchise, déplacement d’un établissement existant) ;
  • L’enregistrement de la société (LLC, forme de société proche de la SàRL/SPRL) ;
  • L’ouverture d’un compte bancaire au nom de la société ;
  • Un lieu d’exploitation (s’il s’agit d’un commerce ou d’une entreprise physique) ;
  • La rédaction d’un business plan par un professionnel (avec un bilan prévisionnel de 5 ans) – un business plan européen n’est pas un business plan américain – ;
  • Un dossier de visa E2 qui sera transmis au consulat de votre pays de nationalité.

Le processus peut sembler long, mais peut se résumer à quelques mois, si vous vous entourez de personnes qualifiées et compétentes, sans intérêt direct dans l’entreprise que vous convoitez. Tout manquement peut coûter cher : les États-Unis favorisent la libre-entreprise, mais ne vous immunisent pas contre la casse. Certes, les échecs y sont tolérés, mais vous n’avez peut-être pas forcément les moyens de vous planter.

2. Ne laissez pas votre rêve américain vous aveugler – think business !

Deux solutions s’offrent à vous – car oui, chaque cas est unique ! – lors de l’établissement de votre société aux États-Unis : la création pure et simple ou le rachat.

La création est un long processus, mais semble évidente dans le cas où votre activité est une activité de services. Autre cas : le déplacement de votre (télé)travail – votre activité change de lieu, mais pas fondamentalement de forme –.

L’option du rachat est la plus courante. Elle permet en effet de récupérer une entreprise disposant d’un patrimoine, de matériel, de clients et parfois de personnel. Mais attention à la sur-valorisation ! Les vendeurs – aidés par les intermédiaires de vente, appelés brokers – savent bien que vous êtes prêt à des sacrifices, lorsqu’il s’agit d’obtenir un visa de 5 ans sur le sol américain. Il n’est pas rare de voir des établissements traîner dans les annonces de vente à des prix élevés. Un Américain achèterait-il ce local destiné à un snack-restaurant à 80 mille USD ? Déplacez-vous et menez l’enquête auprès de commerçants locaux. Le prix du marché n’est pas forcément le prix du marché… pour les généreux expatriés.

Enfin, la franchise est une porte d’entrée simplifiée pour obtenir un visa E2. Mais en Europe comme aux États-Unis d’Amérique, la franchise rapporte principalement au franchiseur (et à son broker !). Macarons, vente à domicile de croquettes pour chien, salle de sport, motor-homes, crêpes, glaces… faites analyser votre business plan par un professionnel et ne vous fiez pas a priori aux chiffres présentés.

3. Entourez-vous des bonnes personnes

Les cabinets d’avocat sont l’intermédiaire le plus courant le cas d’un parcours E2, mais ne sont pas un passage obligé. Leur atout ? Ils cumulent les casquettes du droit (commercial, immobilier, immigration) et collaborent avec des spécialistes de la comptabilité et de la fiscalité. Ils représentent bien souvent un « one stop shop » idéal. Non, un avocat n’est pas obligatoire, mais je l’estime désormais indispensable à l’une ou l’autre étape d’un parcours de visa E2. Certains cabinets proposent de monter un dossier complet pour environ 5.000 USD (y compris à San Francisco), des tarifs souvent plus proches qu’on le pense des consultants indépendants (voire inférieurs !).

Si les avocats ne sont pas un passage obligé, c’est parce qu’il est possible de confier votre dossier à un consultant en immigration. Mais attention, cette activité est très encadrée : création du business plan et aide à remplir dossiers et formulaires. Point à la ligne. Seul l’avocat peut donner des conseils en immigration. Et seul un broker (intermédiaire commercial) peut vous aider à acheter un business, un lieu d’établissement, une maison : il dispose à la fois des réseaux, des certifications, licences et des assurances pour cela.

Si c’était à refaire, je confierais le business plan à un consultant disposant d’une solide expérience et d’un réseau, le volet immigration à un avocat spécialisé et, surtout, l’analyse du business plan présenté par le broker par un expert (lequel peut analyser la démographie, la solidité, la véracité des chiffres, le potentiel).

Certes, ces étapes présentent des coûts, mais constituent une solide protection pour éviter les trop nombreuses arnaques dont sont victimes les candidats à l’obtention d’un E2, souvent prêts à des sacrifices pour faire le grand saut.

4. Ne vendez pas la peau de l’ours (et votre maison)

L’expérience californienne présente d’emblée plusieurs barrières :

– Le coût de l’immobilier, notamment dans des régions comme Los Angeles, San Diego, Santa Barbara, San Francisco : combien allez-vous dépenser pour loger votre famille ? Un studio à San Francisco revient aujourd’hui à plus de 2.000 USD par mois. Une maison à Los Angeles peut représenter un coût mensuel de plus de 3.500 USD ;

– L’enseignement des enfants. Renseignez-vous sur les écoles publiques dans la région visée. Attention, les bonnes écoles publiques (gratuites) sont souvent synonymes de loyers élevés dans le quartier ;

– Les soins de santé. Ne faites pas l’erreur de considérer que vous êtes protégé par la sécurité sociale belge ou française. Ce n’est pas le cas, dès que vous avez dépassé trois mois de séjour sur le territoire américain. Il existe des solutions comme l’OSSOM (qui vous permet de conserver vos droits, notamment à la retraite, dans votre pays) et des assurances à destination des expatriés (DKV, Expat, MSH International, etc.). Il existe également des assurances locales au concept parfois complexe pour les européens (« deductible », « out of pocket »). Sans assurance, une visite chez le médecin, un rendez-vous chez le dentiste ou une visite aux urgences d’un hôpital peuvent donner lieu à des factures allant de 250 à 10.000 USD, voire davantage en cas d’hospitalisation. Une dévitalisation de dent revient à 1.500 USD.  En moyenne, une assurance vous coûtera plus de 350/400 USD par mois par personne (et ne comprend ni l’assurance dentaire, ni l’assurance pour la vue).

Modèle idéal : celui des expatriés ayant conservé une activité (ou des biens) dans leur pays d’origine, parfois une activité commerciale (restaurant, société en place) capable de financer une partie du coût de la vie en Amérique du Nord et ses aléas. Il se peut que votre activité mette du temps à démarrer (imprévus, services d’hygiène, administration, paperasse, législation locale, emplacement risqué) et vous risquez alors, très rapidement, l’étranglement financier. Vous ne partez pas pour mettre votre personne ou votre famille en danger, mais pour une vie meilleure.

Le rêve américain est un concept markéting avant tout. Votre vie se passera de storytelling à cette étape. Gardez vos forces et vos idées pour votre business.

Pour l’anecdote, j’ai coutume de répondre à la question « Que faut-il pour réussir en Californie ? » : « Du courage. De l’argent devant soi, beaucoup d’argent. De la chance. » Suit l’inévitable piège : « Et le travail ? » « Oui, il en faut. Mais cela ne suffit pas. »

5. Ne prenez pas le visa E2 comme une carte verte

Les visas E1/E2 présentent la même subtilité : ils sont qualifiés de « non immigrant », ce qui signifie que malgré une prolongation de 5 ans possible à chaque passage devant le consulat de votre pays, il n’existe aucune voie légale pour passer d’un visa E2 à une carte verte (donc une voie vers le passeport américain).  Ne sous-estimez pas non plus la durée de votre visa (5 ans en règle générale), car il faudra ensuite le renouveler.  Sans progression notable du chiffre d’affaires, la tâche sera rude au consulat de votre pays d’origine.

Certes, il subsiste (pour l’instant) sous l’ère Trump une astuce, mais elle nécessite un parrainage par une société disposant d’une année de « tax return » (avis d’imposition) et d’employés déclarés (pas question de se faire sponsoriser par une coquille vide). Un mariage avec un citoyen ? De quel couleur, le mariage ? C’est illégal, vous le savez bien.

Il y a donc bien une raison à la facilité avec laquelle l’administration américaine délivre les E2 dont les business plans sont correctement agencés : en cas de problème, vous rentrez chez vous. Le plus cocasse ? En qualité de résident américain de nationalité étrangère (l’administration parle d’« alien » et ce n’est pas une plaisanterie), vous cotisez et payez des taxes, sans la moindre perspective d’obtenir un jour une retraite du gouvernement américain ou des indemnité de chômage. Vous êtes un simple invité sur le territoire.

À vous de vous débrouiller sur place pour obtenir une voie vers le précieux passeport si votre rêve américain se confirme dans le temps.

Article publié sur LinkedIn le 12 novembre 2017
Article reproduit sur le site Habiter aux USA le 11 avril 2018
Texte placé sous licence Creative Commons BY-NC-ND


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